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La rue Lepic (1809)

Boulevard de Clichy

rue lepic

Louis Abel-Truchet (1857-1918)

La Rue Lepic, vers 1890, huile sur toile, 23,7 x 33 cm, Paris, musée Carnavalet

Située sur le versant sud de la butte Montmartre, la célèbre rue Lepic débute à l’angle du boulevard de Clichy, avant de gravir en lacet l’escarpement par l’ouest, jusqu’à la place Jean-Baptiste Clément.

Selon Jacques Hillairet, elle n’était qu’un « vague chemin de terre aboutissant dans des champs lorsque Napoléon se rendit à Montmartre, un jour de l’année 1809, visiter le télégraphe Chappe dressé sur le chevet de l’église Saint-Pierre-[de-Montmartre]. » (Connaissance du Vieux-Paris, Paris, Payot, 2017, p. 697).

En 1809, Napoléon avait emprunté le Vieux-Chemin (rue Ravignan), qui était l’unique voie d’accès à la vieille église : « Mais celui-ci était si escarpé et si mauvais que l’Empereur dut descendre de cheval à mi-hauteur et poursuivre son ascension à pied. » (Ibid., 2017, p. 697). Le prêtre de la paroisse n’eut ainsi aucune peine à le convaincre de la nécessité de doubler le Vieux-Chemin par une voie plus adaptée à la circulation.

D’abord située sur la commune de Montmartre et dénommée « Chemin-Neuf », puis « rue de l’Empereur » en 1852 et « rue Royale », la rue Lepic prit le nom du général Louis Lepic (1765-1827) en 1864.

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Le Tabac des Deux Moulins

Les cartes postales éditées au début du XXe siècle décrivent un quartier populaire très vivant et une rue ponctuée de commerces (cafés, boulangeries, boucheries), mais aussi de boutiques de fruits et légumes. La rue Lepic était en outre fréquentée par les marchands ambulants des quatre saisons, poussant leur charrette à bras.

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Yves Montand à Paris, en 1952

Ce coin de Paris avait conservé un caractère populaire et marchand lorsque le chanteur Yves Montand (1921-1991) interpréta Rue Lepic en 1952 : « Dans l’ marché qui s’éveille / Dès le premier soleil, / Sur les fruits et les fleurs / Vienn’nt danser les couleurs / Rue Lepic / Voitur’s de quatr’ saisons / Offrent tout à foison / Tomat’s roug’s, raisins verts / Melons d’or z’et prim’vèr’s / Au public, / Et les cris des marchands /S’entremêl’nt en un chant / Et le murmur’ des commer’s / Fait comme le bruit d’ la mer / Rue Lepic ».

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Le café des Deux Moulins

Le charme désuet, si perceptible dans la chanson d’Yves Montand, a sensiblement faibli. La station « Blanche » du métropolitain déverse aujourd’hui un tourisme de masse à l’embouchure de la rue Lepic, où les boutiques de souvenirs pullulent. La rue est par ailleurs constamment encombrée de voitures et de petits camions en stationnement.

Il est pourtant agréable de s’y promener, de prendre un verre au café des Deux Moulins, où Jean-Pierre Jeunet tourna plusieurs scènes de son film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (2001), ou d’aller manger une pizza chez Pépone.

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La rue Lepic, vue de la place Anne-Marie-Carrière

Au sommet de son tronçon rectiligne, la rue Lepic rencontre, à gauche, la rue Joseph-de-Maistre et, à droite, celle des Abbesses. En 2014, on inaugura, à cette intersection, une place en hommage à la comédienne et chansonnière Anne-Marie Carrière (1925-2006).

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La frise de l’édifice du 39, rue Lepic

Du côté impair, les premiers édifices du grand lacet de la rue Lepic, probablement bâtis entre 1840 et 1870, présentent des façades très simples et peu élevées. Le petit bâtiment du 39, rue Lepic se distingue par une frise taillée dans le bois, régulièrement interrompue de consoles portant l’effigie de curieux chevaux cabrés, vêtus de caparaçons ornés.

C’est peut-être à cette adresse que vécut le sculpteur Julien Lorieux (1876-1915), mort pour la France pendant la Première guerre mondiale. Peu avant de partir pour le front, celui-ci avait exprimé le souhait de léguer sa « maison 39 rue Lepic et 8 rue de Maistre à la Société des Artistes Français » ou de la laisser, en cas de refus, « à la société des artistes boursiers du département de la Seine, à la condition que la société légataire mette … [son] atelier  … pendant des périodes de 4 ou 5 années à la disposition d’un premier second ou deuxième second grand prix de Rome de sculpture » (Recueil des actes administratifs de la Préfecture du département de la Seine, 1915, novembre, p. 545, legs Lorieux). 

 

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L’immeuble du 41, rue Lepic (1890)

La montée régulière et assez marquée de la rue Lepic offre une promenade exigeante, mais ponctuée de surprises. Dans le premier grand virage, l’immeuble du n° 41  peut faire l’objet d’une première halte : il présente une façade à l’ordonnance soigneusement moulurée, avec de hauts pilastres cannelés qui s’élèvent jusqu’au balcon filant et séparent les travées des niveaux supérieurs.

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Têtes félines

Le balcon filant s’appuie sur des consoles ornées de têtes félines. Des frises de palmettes, de culots, de rais-de-cœur, de rinceaux et de fleurs parcourent également la façade.

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L’immeuble du 54, rue Lepic (1880)

  Sur le trottoir opposé, l’immeuble assez quelconque du n° 54 fut au cœur de la vie artistique de la fin du XIXe siècle : il abrita en effet l’appartement de Théo van Gogh. Une plaque commémorative nous apprend également que son frère Vincent y vécut de 1886 à 1888. Il composa plusieurs vues de Montmartre en regardant par la fenêtre de sa chambre.

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Les mascarons de l’immeuble du 49, rue Lepic

A l’angle de la rue Tourlaque, le grand immeuble « post-haussmannien », édifié en 1908 par l’architecte Gaston Martin, rappelle plutôt l’architecture familière des boulevards parisiens. Cet immeuble cossu possède plusieurs travées en encorbellement sur une base à refends, avec quelques éléments décoratifs. Un parement de briques naturelles et vernissées apporte toutefois une touche colorée originale qui singularise les niveaux supérieurs.

Des balcons à garde-corps en ferronnerie soulignent les étages principaux ; ils reposent sur d’imposantes consoles au niveau des travées en ressaut, où se concentrent les reliefs décoratifs. Ceux-ci, peut-être exécutés par Paul Le Bègue (1833-1928), collaborateur habituel de Gaston Martin, représentent des visages masculins au milieu de rinceaux au feuillage très découpé.

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Le cartouche de la porte d’entrée

Un grand cartouche à enroulements, qui accroche l’arc en plein cintre de la porte d’entrée, laisse échapper de lourdes guirlandes de fruits. Il porte également une tête féminine à la chevelure qui retombe en grandes mèches ondulées et en tresses nouées sous le menton.

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Le petit immeuble du n° 64, rue Lepic

Sur le trottoir opposé, l’ambiance est complètement différente : on peut y admirer un petit immeuble de quatre étages, élevé au fond d’une cour délimité par un muret, une grille et un pavillon formant l’angle de la rue Durantin. Des arbustes et une haie végétale recouvrent pratiquement la maçonnerie.

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Une divinité vêtue d’une peau de lion

L’axe de la façade, traité à la manière d’une villa « à l’italienne », présente une niche à chaque niveau, occupée par une sculpture inspirée de la statuaire antique. 

Le même parti décoratif caractérise plusieurs façades d’immeubles parisiens, bâtis sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Les immeubles les plus remarquables se dressent en bordure des rues Lemercier (n° 16, vers 1840) et Biot (n° 21, vers 1840), dans l’ancien village des Batignolles, qui forme aujourd’hui l’un des quartiers du XVIIe arrondissement ; mais aussi près de la place du Panthéon (3, rue Soufflot, 1831), dans le Ve arrondissement. Une façade pareillement structurée par la statuaire se dresse également en bordure de la rue Montmartre (n°136, IIe arrondissement, vers 1830).   

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L’immeuble du 53, rue Lepic (1890)

Un peu plus haut, le promeneur attentif remarquera peut-être le long balcon de l’immeuble situé au n° 53, qui embrasse les travées centrales de la façade, précédant quatre grandes baies en plein cintre. Une plaque commémorative rappelle par ailleurs que Pierre Jacob (1904-1979), l’auteur de la célèbre chanson Rue Lepic, y élut domicile.

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Le passage du rocher de la Sorcière

  La rue Lepic amorce ensuite un virage plus serré, puis entreprend son ascension vers la place Jean-Baptiste-Clément. Derrière le n° 55, les immeubles bâtis en bordure du passage Jules-Dépaquit, occupent un terrain où se dressait l’un des nombreux moulins de Montmartre : celui de la Fontaine Saint-Denis. Quant au passage, ce n’est en fait qu’une cour encombrée de voitures, probablement aménagée sur une portion de l’ancien maquis de Montmartre, entre la rue Lepic et la rue Caulaincourt.

   Le passage du Rocher de la Sorcière, également aménagé sur l’emprise de l’ancien maquis, se situe à la sortie du virage. Compris entre la rue Lepic et l’avenue Junot, il est fermé par une grille qui, de ce côté, donne sur un escalier. Celui-ci monte vers une allée boisée au milieu de laquelle trône un rocher, vestige d’une ancienne fontaine. La légende dit que le « passage de la sourcière » devint celui de la « sorcière », désignant la seule habitante des lieux.

 

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L’immeuble du 71, rue Lepic

Deux autres moulins se dressaient sur les parcelles occupées aujourd’hui par le passage du rocher de la Sorcière, au n° 65, et par l’escalier étroit du n° 73 : le Moulin-Neuf, élevé en 1741, et le Moulin-Vieux, installé en 1591, et qui subsista jusqu’en 1860.

En 1926, on bâtit, entre ces deux parcelles, un grand immeuble de style « Art Déco », comprenant huit travées et six étages. Son soubassement en crépi blanc s’articule autour d’une porte encadrée de fenêtres, où se concentrent des reliefs en méplat à motifs floraux, encadrés de moulures régulières.

La façade de cet immeuble est rythmée par deux bow-windows qui se détachent sur des murs revêtus de briques brunes. Ces travées en saillie reposent sur des trompes coniques dont le décor floral et géométrique reprend les motifs du soubassement. Les baies cintrées du cinquième étage, précédées d’un balcon à plate-forme hexagonale, reprennent la forme arrondie des fenêtres logées sous la base des bow-windows.

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Les immeubles des 82 et 84, rue Lepic

En plusieurs endroits de la rue Lepic, les immeubles anciens, peu élevés et d’une largeur mesurée, côtoient des constructions plus tardives, souvent imposantes. C’est le cas de l’immeuble partiellement « brique et pierre », situé au n° 82, donné comme datant de 1850, qui paraît si petit à côté de l’immeuble mitoyen du n° 84, bâti en 1890.

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Le Dôme des Invalides, vu depuis la rue Lepic, à l’angle de la rue Tholozé

Le vaste enclos du célèbre « Moulin de la Galette », dominé par le Blute-fin, ancien moulin du Palais, s’étend quelques mètres plus haut (voir voyageursaparistome18 en cliquant sur ce lien : Le Moulin de la Galette). Devant l’ancien portail de la guinguette, on peut contempler, par la rue Tholozé, une vue admirable sur Paris.

 

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L’Hôtel Burq (1860) au 94, rue Lepic

Une haute grille à pointes de flèches retient l’attention un peu plus loin : elle délimite la cour d’un petit hôtel particulier, dont le long corps central et les courtes ailes s’élèvent sur deux étages. Un balcon filant à garde-corps et consoles en ferronnerie souligne le premier étage du bâtiment principal. Flanquée de piliers à boule octogonaux, la grille occupe l’espace entre deux murs aveugles couronnés de vases garnis de fleurs aux beaux jours. La demeure appartenait à Mademoiselle Léonie Burq en 1888.

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L’immeuble du 104, rue Lepic (1875)

Dans les derniers mètres de la rue Lepic, les petites maisons anciennes et modernes, parfois élevées au fond d’un jardin, s’opposent aux immeubles en pierre de taille. La façade du 104, rue Lepic retient particulièrement la lumière en raison d’un léger bossage de la pierre. Cet immeuble possède un rez-de-chaussée et un premier étage à refends, puis quatre niveaux supplémentaires en façade et un rang de lucarnes mansardées. Les niveaux principaux sont mis en valeur par un décor soigné : motifs de draperie, corniches en « chapeau de gendarme », cartouches et consoles à motifs floraux qui encadrent le tympan des fenêtres.

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La plaque commémorative fixé sur la façade du 110, rue Lepic

C’est dans le dernier immeuble de la rue Lepic, côté pair, que vécut le poète Jean-Baptiste Clément (1836-1903), chansonnier montmartrois, connu pour avoir écrit Le Temps des cerises. Élu en 1871 au conseil de la Commune par le XVIIIe arrondissement, Clément combattit sur les barricades pendant la Semaine sanglante, se réfugia à Londres et revint à Paris après l’amnistie générale, en 1880.   

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Le Radet, vue du haut de la rue Lepic

Du haut de la rue Lepic, le promeneur peut jouir d’une belle vue sur le moulin « Radet », qui se dresse à l’angle de la rue Girardon, et sur l’entrée de l’actuel restaurant « Le Moulin de la Galette ».

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